samedi 12 octobre 2024
mardi 20 août 2024
"Entre les lignes": Du cinéma pour se divertir et s'instruire
"L'art est le trait de l'humanité. Il ne sert à rien, il n'est pas là pour ça.
L'art n'existe que par la création, l'artiste, et par son interprétation, l'expert ou l'amateur. Nous pouvons tous enrichir notre réflexion pour porter un jugement juste. Lire entre les lignes, voir entre les images, c'est un pouvoir que l'on acquiert par l'imitation des experts puis par un entraînement d'amateur.
Voici donc l'objet de cet article!"
Alors que je m'attendais à voir un film tout à fait divertissant, et pour cause; c'était un Marvel, je suis sortie de la salle de cinéma interloquée, perplexe. Admirative aussi. Je ne m'attendais pas du tout à ça. Je devais absolument le revoir. Je l'ai vu deux, trois fois peut-être même plus? (Michael B. Jordan y est aussi pour quelque chose 🫶) Les scènes en mémoire, il ne me restait plus désormais qu'à lire la bande-dessinée. Aujourd'hui, je peux désormais vous parler du message, curieusement politique, porté par le film Black Panther, réalisé en 2018 par Ryan Coogler; ce parti-pris aurait-il indigné le célèbre scénariste Stan Lee? Deux scènes nous intéressent tout particulièrement pour poursuivre la réflexion:
La scène du musée: https://youtu.be/S_Jn7itz9zA
La scène de mort de Killmonger: https://youtu.be/7Ylut5DLPzY
La scène du musée est une des premières apparitions du dénommé Killmonger, qui est censé être le "super-vilain" dans l'histoire adaptée au cinéma. Les musées sont des lieux culturels mais aussi des vitrines du colonialisme. On appelle là-bas "grigris" les objets religieux Africains mais "reliques" ceux qui appartiennent aux Européens, on parle de "dialectes" pour les peuples colonisés et de "langues" pour les civilisations de colons. Cette différenciation est suggérée par Killmonger lors de son échange avec une guide, blanche, du musée. Il demande à acheter un des objets mais elle lui répond qu'ils ne sont pas à vendre. C'est alors qu'il se tourne vers elle et lui demande si ses ancêtres les ont acheté ou s'ils les ont... volé? Cette scène questionne avec pertinence l'impéralisme colonial et son héritage culturel.
Il faut savoir que dans ces récits-là, les récits de "super-héros", les personnages sont manichéens. C'est une caractéristique du genre. Ce sont donc souvent des savants-fous qui veulent détruire la planète ou bien des méchants dont l'ambition malveillante n'est pas excusée par un quelconque passé douloureux. Ils sont mauvais, dans l'entiéreté leur être. C'est tout. Dans la bande-dessinée, le vilain de Black Panther est Ulysses Klaw, un physicien néerlandais rêvant de concevoir un appareil capable de transformer des ondes sonores en matière physique, dans le but de livrer des guerres secrètes. Pour lui, il est indispensable d'obtenir du vibranium pour créer son arme et il va tenter de l'obtenir par la force ou par la ruse dans le Wakanda, où il existe à profusion. Là est la première transgression du film, par rapport au scénario original de la bande-dessinée. Si Klaw apparaît bien au cinéma, c'est en tant que personnage plutôt secondaire. Le rôle de "super-vilain" est incarné par Erik Kilmonger, alias N'Jadaka, dont le père a été exilé après avoir tenté d'aider Klaw à prendre possession du vibranium wakandais. Les scénaristes concentrent alors toute leur attention sur lui et le font porteur d'un message... anti-colonialiste.
Killmonger, dans la bande-dessinée, est né au Wakanda et a été exilé à New-York avec sa famille. Il est issu d'une classe sociale aisée, descendant d'une famille auparavant puissante et influente. Or dans le film, c'est une toute autre chose. D'abord, il est né à Oakland. C'est à Oakland, dans la région de la baie de San Francisco en Californie, que l'on a vu grandir le mouvement politique Black Panther Party, représenté par deux jeunes militants de la cause noire aux Etats-Unis : Bobby Seale et Huey Percy Newton. C'est un changement dans l'intrigue assez déroutant, d'autant plus que Killmonger révèle une enfance dans un quartier sensible et populaire, dans lequel la violence et la misère sociale ont nourri sa soif de vengeance. Il ne cache pas son intention de voler le vibranium pour créer des armes... contre les crimes des blancs aux Etats-Unis. Ainsi, il explique au roi du Wakanda, T'Challa, son désir "d'armer ses frères". Devant un coucher de soleil, agonisant, il lui lance aussi une parole bien ambivalente: "Jetez moi dans l'océan, là où mes ancêtres ont sauté des galères parce qu'ils savaient que la mort était meilleure issue que l'esclavage." Killmonger, au-delà de l'incarnation d'un super-vilain, devient manifestement la voix de la communauté afro-américaine; il se place dans la lignée des combats du Black Panther Party et, plus récemment, du mouvement Black Lives Matter.
Lors de la parution de la bande-dessinée, Stan Lee a délibérément modifier le titre de son ouvrage, de Black Panther à The Panther, afin qu'aucune confusion ne soit faite entre le mouvement politique et les aventures de T'Challa. Pourquoi donc Ryan Coogler a-t-il changé l'intrigue ? La scène finale du film, dans laquelle le roi du Wakanda et sa soeur, se rendent au pied d'un immeuble délabré à Oackland pour rendre hommage à la famille de N'Jadaka en promettant d'oeuvrer à l'avenir pour le quartier, est-elle une tentative d'excuse des Etats-Unis, une porte ouverte vers un horizon plus égalitaire et plus juste? A suivre...
En tout cas, Black Panther au cinéma reste mémorable. Il a été le premier film de super-héros a être nommé aux Oscars en 2019, pour sa profondeur inattendue et sa représentation engagée de la culture afro-américaine, avec les questions coloniales que l'on soulève encore aujourd'hui dans le monde culturel.
samedi 27 juillet 2024
"Entre les lignes": L'Homme et sa nature
"L'art est le trait de l'humanité. Il ne sert à rien, il n'est pas là pour ça. Dans son arborescence, il s'est décliné en texte, en image, en son. L'art est une métamorphose du sensible, une merveilleuse évolution de la nature; de ce qu'on entend, de ce que l'on voit, de l'encre qui glisse, de l'intuition et de la sensibilité. Il est le fruit de notre intelligence. Il n'a pas d'égal sur Terre, même chez nos plus proches cousins. Le langage, l'altruisme, l'ingéniosité ne sont pas des attributs uniquement humains. On a de cesse de tenter de différencier l'Homme de l'animalité mais ne serait-ce pas l'art sa profonde nature?
L'art n'existe que par la création, l'artiste, et par son interprétation, l'expert ou l'amateur. L'amateur est celui qui aime et l'expert est celui qui explique pourquoi. Nous pouvons tous enrichir notre réflexion pour porter un jugement juste. C'est très gratifiant de poser des mots sur ce que l'on ressent et tellement frustrant de ne pas y parvenir ! Lire entre les lignes, voir entre les images, c'est un pouvoir que l'on acquiert par l'imitation des experts puis par un entraînement d'amateur.
Voici donc l'objet de cet article!"
Un soir, lorsque je regardais une énième diffusion du "blockbuster" Titanic, réalisé en 1997 par James Cameron, je pensais me replonger dans la romance contrariée, et romantique de fait, entre Jack et Rose. J'ai eu une lecture bien différente, concernant plusieurs scènes. Deux en particulier, et j'aimerais détailler l'une d'entre elles dans cet article (cela dit en passant, c'est la raison pour laquelle je regarde parfois un film plusieurs fois, non pas qu'il me plaise jusqu'à l'obsession mais c'est nécessaire pour en saisir tous les enjeux qui me semblent doués d'intérêt. N'en est-il pas de même d'ailleurs pour l'analyse littéraire? On lit, on relit, on paraphrase. On ne survole pas, on s'attarde et on a l'espoir de dépasser le commun.).
Les musiciens de l'orchestre du paquebot:
La scène: https://youtu.be/1Bds1bz0tGo
Les musiciens jouent et personne ne les écoute dans le chaos du naufrage.
- On ne nous écoutait pas non plus lors du dîner.
Ironise le chef d'orchestre. James Cameron admet créer ici en fait une mise en abyme de son art, en tant que cinéaste. Certes, il a créé des films grand public, qui ont remporté succès et argent mais il a transmis aussi de nombreux messages, pas toujours entendus dans l'effervescence des cinémas; temples du divertissement. Dans Terminator, il nous met en garde contre l'intelligence artificielle et ses dangers, notamment avec le manque (l'absence?) d'empathie et de discernement des robots. Aujourd'hui, l'IA, ce ne sont pas des êtres cybernétiques mais des smartphones dans notre quotidien. Ils pensent à notre place et sont une menace pour notre humanité, à mesure qu'ils nous absorbent jusqu'à l'annihilation de notre pensée. Les limites entre l'être humain et la machine sont remises en question également dans Alita, avec la thématique du transhumanisme, l'amélioration des qualités humaines par la technologie, qui n'est autre que notre actualité et déjà notre avenir! Enfin, le rapport à l'écologie, le lien entre l'Homme et la nature, sont largement interrogés dans Avatar avec l'amour comme passerelle entre le monde du métal inanimé et l'univers de la luxuriante Pandora.
Pour revenir aux musiciens du Titanic, ils sont une allégorie de la représentation de l'art. C'est un moyen de distraction et une recherche de l'esthétisme. L'art embellit notre environnement sensible et illustre nos émotions. À titre d'exemple, les tableaux de Monet décorent la chambre luxueuse de Rose mais s'affichent aussi au côté de ceux de Picasso, qui dénoncent la guerre civile en Espagne. La figure de l'artiste revient sous d'autres aspects dans le film, avec notamment le talent de Jack pour le dessin. Cette incarnation est d'ailleurs inspirée du dandysme du XIXème siècle, personnifié à la perfection par le poète Baudelaire. C'est l'artiste marginal, inspiré, passionné tout en élégance et en charme. Il ne faut pas oublier en revanche que l'art demande aussi de la rigueur, de la technique et une grande capacité de travail; une perspective bien moins séduisante et par conséquent peu représentée à l'écran.
Si on ne prête pas toujours attention à l'art, au processus de création, c'est pourtant bien au centre de notre humanité. Dans la scène, la musique, intégrée à la genèse du récit, devient extradiégétique par un effet de montage. S'ensuit alors une représentation du beau, de l'essentiel. On voit le capitaine du bateau dans sa cabine. Il représente le sens de l'honneur par son sacrifice pour son navire. Il saisit le gouvernail avec une lente détermination. Ensuite, c'est l'ingénieur qui regarde sa montre. Il s'aperçoit que l'horloge surplombant la cheminée n'est pas à l'heure et corrige cette erreur avec précision. Il est un symbole d'ingéniosité et de savoir-faire. Il ne semble pas apeuré ni même concerné par la mort. En effet, les inventions ne sont-elles pas immortelles? Les images s'enchaînent vers une vision en plongée d'un couple d'un certain âge, aux dernières heures de leur vie. Ils sont enlacés et s'embrassent tendrement. Sous leur lit de mort, un torrent déchainé déferle. Leur vie défile et, de leur existence, il ne restera que leur amour. L'amour est aussi un puissant vecteur de création littéraire, poétique, picturale... C'est en cela qu'il nous est si précieux, ne serait-ce que pour rester un prétexte à l'écriture. Enfin, la scène se conclue par le récit d'un conte irlandais d'une mère à ses enfants, la légende de Tir Na Nog. Or tout écrivain est avant tout lecteur, et tout lecteur adulte recherche perpétuellement les sensations qu'il éprouvait, le plaisir d'imaginer du lecteur qu'il était... enfant.
Par une lecture entre les images, on dépasse la simple affirmation: "J'aime cette scène pour l'émotion qu'elle dégage". L'impression devient une conclusion et non plus une fin en soi.
mardi 16 juillet 2024
Créer.
mardi 29 août 2023
L'inspiration créatrice; ou un poème en lien dans l'article (autres créations à retrouver dans les pages)!
Quand l'émotion est un vecteur de créativité, un lien entre l'indicible et le dicible, le coeur et la raison ce n'est pas sans dire !
Oui, écrire c'est dire mais en musique. Une musique entraînante qui fait battre notre coeur à la chamade, qui secoue pour un temps infiniment trop court nos âmes en inertie.
Douceur ou acidité des mots. C'est aussi donner de la saveur au plus ennuyeux des récits: celui de la vie.
En quelques mots, mon expérience en tant que jeune professeur au gré des mutations, sous le vent souvent capricieux des affectations, sous l'humeur changeante du rectorat mais toujours naviguant sur une mer bien agitée: le territoire inconnu des adolescents d'aujourd'hui. Surfer sur la vague ou se sentir noyée sous la tempête mais remplir ses poumons et son coeur, toujours et pour toujours de la houle salée, de la foule d'enfants illuminés par le lever de soleil doré. Quel horizon pour l'éducation?
Ce qui m'a inspiré:
https://lolahoarau.blogspot.com/p/un-poeme-poussieres-davenir.html
samedi 20 février 2021
Renouer avec le papier: Agenda, planner, journal de bord, bullet journal...
Le travail est souvent perçu comme pénible. Certes, il l'est parfois (on a rien sans rien) mais je suis intimement persuadée qu'on peut trouver du plaisir à travailler. Pour moi, l'organisation fait partie des facteurs qui encouragent cette douceur à l'ouvrage!
C'est pour cela que je partage aujourd'hui deux objets très importants (voire vitaux) pour moi:
Mon agenda, pour la vie de tous les jours (référence: "Planner 2020-2021", aux éditions Histoire d'écrire, disponible à la librairie Gibert Joseph).
J'ai longtemps hésité entre un agenda classique ou numérique et un bullet journal. L'avantage de ce "planner", c'est qu'il se trouve exactement entre les deux! Il permet une liberté créatrice, tout en faisant gagner du temps avec des cases prédéfinies.
Mon journal de bord, pour la vie de prof' de français (créé moi-même, avec le plan d'une version téléchargeable dans la description de cette vidéo au top: https://youtu.be/oq_-E0bkgeU).
En tant que jeune prof', j'ai essayé (et j'essaye encore) beaucoup de techniques différentes auprès de mes élèves. J'ai remarqué qu'il n'existait pas un agenda qui me satisfasse pleinement. Maintenant, je peux enfin tout centraliser sur un même document: plannings, progression annuelle, résultats des élèves, sanctions et mérites, adaptations pour PAP, plans de classe... Redoutable en efficacité!
Ecrire dans un agenda a un effet apaisant mais c'est aussi un outil essentiel pour faire parler notre créativité, pour nous exprimer en toute liberté! Et, à l'ère des écrans, renouer avec le papier épargne aussi nos yeux, tout en préservant notre intimité des regards des géants du web...
Pour télécharger le journal de bord:
https://drive.google.com/drive/folders/1HcRTCa6BRr5ovWhCVWME7CXsK1PadJhH?usp=sharing
mardi 16 février 2021
Une petite présentation s'impose!
Cela fait quelques temps que j'y pense (enfin pas vraiment, c'était plutôt sur un coup de tête mais bon) et voilà on y est! Mon blog est enfin créé!
Mais alors, pourquoi écrire ce blog et comment le lire?
En rubriques, je posterai sur ce qui me plaît et en voici un pêle-mêle:
- De l'organisation (avec des carnets, of course, mais pas seulement).
- Des souvenirs de voyage et de découverte, en texte illustré.
- Des impressions de lecture sur mes dernières trouvailles dénichées au hasard d'un rayon de bibliothèque.
...
(Et on verra bien en fait, au fil de mes idées!)
Enfin, en pages, le plus personnel: mes créations littéraires en nouvelles, en poésies et, peut-être, en ébauches de romans. J'aime vivre l'expérience de l'écriture sous musique. Pour en apprécier toutes les mesures, il faut s'installer dans un coin confortable et lancer le lien vers la musique m'ayant inspirée pour écrire. C'est un transport qui s'opère alors vers l'imaginaire; les mots dansent avec les notes et s'animent dans notre esprit pour une scène des plus délicieuse.
La lecture, un plaisir gourmand qui éveille les esprits comme un café dont la douceur nous enveloppe et nous porte, plein d'entrain, vers un nouveau jour.
Bonne lecture!
